NDT : Igor Strelkov est un ancien militaire russe, connu pour être à l’origine du soulèvement du Donbass et avoir été le commandant des milices populaires de Donetsk en 2014. Ceci est une traduction d’un texte qu’il a publié sur son canal Telegram. Le lien vers la source originale en russe est disponible à la fin de l’article.

Comme de nombreux lecteurs de ma page n’ont pas toujours la possibilité/le désir de consulter les articles et documents précédents, je vous informe brièvement que la première partie concernait la seule stratégie politique possible (pour obtenir une victoire) concernant le soi-disant « État ukrainien ».

Je dois également noter que je suis parfaitement conscient du fait que tout projet de « division et d’intégration » de la « formation étatique » anti-russe a-priori existante de facto (et, malheureusement, de jure) ne peut être réalisé qu’après une défaite militaire retentissante et sa reddition complète et inconditionnelle. C’est-à-dire après la libération de l’Ukraine de la symbiose de l’occupation interne et externe par le régime libéral nazi. Et qu’une partie considérable de la population ukrainienne (y compris la population russophone), poussée par la propagande à l’état de « demi-zombie », souhaite ou non une telle libération maintenant est la dernière chose qui m’intéresse. Les Allemands aussi, en 1939-45, ne voulaient désespérément pas se libérer de la domination hitlérienne et se sont battus extrêmement fort contre leur libération.

Si la capitulation/fuite à l’étranger et la libération ne se produisent pas (pour quelque raison que ce soit – militaire ou politique – cela ne fait aucune différence), alors tout ce que j’ai écrit restera un « flop », ce dont je suis bien conscient. Et j’ai écrit sur les conséquences d’une telle défaite pour la Russie elle-même dans la partie précédente.

Toutefois, ce fait ne signifie pas que toutes les actions visant à « coloniser » les territoires libérés doivent être « reportées » (comme l’ont fait les autorités militaires russes au cours des premières semaines de l’opération). Pas du tout ! Sans une mise en œuvre persistante, ponctuelle et ferme des principes de la stratégie indiquée ci-dessus, la victoire, même si elle est possible, le sera avec beaucoup plus de travail et de pertes (et il y en a déjà et il y en aura beaucoup plus).

2.1

Ainsi, sur la base de la stratégie de l’élimination complète de l’ « État ukrainien » anti-russe, il est nécessaire de définir la séquence d’actions pratiques politico-militaires et politiques qui, par étapes (qui si elles étaient menées sans organisation ne pourraient qu’empirer les choses), nous mèneront à ce résultat.

Étape 1 : Établir une bonne gouvernance dans les territoires qui ont déjà été libérés et ceux qui le seront à l’avenir.
Il existe trois options de travail (l’option « tout laisser dans les limbes « pour plus tard », qui se déroule actuellement sur le principe de la stratégie « du hasard » – je ne la considère pas du tout).

La première est la formation d’un gouvernement provisoire (alternatif au gouvernement de Kiev) pour « l’ensemble » de l’Ukraine. Ce gouvernement créerait ses propres autorités et sa propre administration, tant pour les territoires déjà sous son contrôle que pour ceux qu’il est prévu de libérer. Ce gouvernement (formé de personnes entièrement loyales à la Fédération de Russie et d’aucune autre manière) devrait se voir réattribuer une partie des pouvoirs concernant la gestion administrative et économique des régions de l’arrière. Ce gouvernement devrait IMPÉRATIVEMENT commencer l’élaboration d’un cadre juridique pour une association ultérieure avec la Russie dans un État de l’Union renouvelé, de sorte qu’au moment de la libération de tous les principaux territoires de l’ancienne Union soviétique, de tels accords auraient déjà été conclus et ratifiés.

À mon avis, cette option est tout à fait « fonctionnelle », bien que je ne sois personnellement pas très sympathique (non seulement en termes d’opinions et de croyances personnelles, mais aussi en termes pratiques, car elle prévoit la préservation formelle de « l’Ukraine » en tant qu’État, qui doit faire face à des menaces inévitables à l’avenir, comme celles qui ont été mises en œuvre en 1991, lors de l’effondrement de l’URSS).

Le deuxième – La « fragmentation » du pays en un certain nombre de « formations étatiques ». En deux « sous-options » : 1) la création de DEUX grandes formations pseudo-étatiques – la Novorossiya [nouvelle Russie] et la Malorossiya [petite Russie] – avec les mêmes fonctions et tâches que la première option mentionnée ci-dessus ; 2) la formation de « républiques populaires sur le modèle des Républiques populaires de Donetsk (RPD) et Lougansk (RPL) » dans chaque région libérée. Là encore, uniquement avec des objectifs intermédiaires (avec une incorporation ultérieure à la Fédération de Russie après référendum, ou sans aucun référendum.

Et « peu importe le politiquement correct » – ça se fait dans le monde entier quand c’est possible et rentable, et nous n’obtiendrons pas de toute façon la « reconnaissance internationale » de la réunification de jure dans les décennies à venir.
La deuxième option me semble plus optimale (et, surtout, plus acceptable pour les autorités du Kremlin), malgré mon engagement personnel en faveur du « projet Novorossiya ».

La troisième option (la plus improbable d’un point de vue pratique sous les autorités russes actuelles) : l’annexion directe de tous les territoires à la Fédération de Russie au fur et à mesure de leur libération. Il y a beaucoup de « plus » et de « moins ».

Les « plus » sont objectifs et ils sont plus nombreux :

  • Aucun « couche administrative » supplémentaire n’est créé (et chaque « couche » n’est potentiellement pas moins corrompue et intéressée que les autorités actuelles de la RPL) entre la région et Moscou ;
  • Moscou assume la responsabilité directe de tout ce qui se passe ;
  • La population et les éléments russes potentiels qui la composent auront moins de raisons de s’attendre à une trahison de la part des illustres (à cet égard) célestes du Kremlin.
  • Et bien plus encore.

Les « moins » sont subjectifs, mais non moins désagréables.

La principale est que Moscou peut envoyer des personnes pas très compétentes pour « gouverner et diriger » dans les régions nouvellement acquises, car elle n’est pas simplement « pauvre » en ressources humaines, mais bien pire…

Je frémis à l’idée que Kherson, Odessa, Nikolaïev, Kharkov et Yekaterinoslav (maintenant Dnipro) seront dirigés par de misérables voleurs et des mendiants absolument incompétents (qui ne peuvent rien faire d’autre que mentir et lécher le cul de Poutine) comme Degtyarev, Sablin, Boroday, Vodolatsky, etc.

Cependant, si l’on regarde quels « cadres locaux de valeur » sont en charge dans la RPD et RPL, ce problème ne peut être résolu sans une « grande purge panrusse« . En même temps, je tiens compte du fait que la « qualité » des « cadres ukrainiens » actuels n’est probablement pas beaucoup plus élevée, de sorte que la population ne remarquerait guère de différence… Mais en temps de paix, et en temps de guerre (avec tous les problèmes que cela comporte) – bien sûr, ils s’attendraient à des choses tout à fait différentes. Parce que « travailler pour soi » en temps de paix dans une région relativement paisible et en temps de guerre dans des régions dévastées sont deux choses complètement différentes.

Le deuxième « moins » important (lié, en fait, également à la question du « personnel ») est que les autorités nouvellement nommées de l’extérieur peuvent considérer la région comme « donnée pour l’alimentation temporaire » (alors que les fonctionnaires locaux et leurs proches doivent encore y vivre). Mais il n’y a rien que l’on puisse faire à ce sujet….. En quoi un « outsider » comme Borodaï est-il différent d’un « local » comme Pouchiline à cet égard ? Rien… Tous deux rêveront d’une villa « à New Riga » et rien de plus.

Quoi qu’il en soit, mon raisonnement est purement théorique.

Dans des conditions modernes, personnellement et d’un point de vue militaro-pratique, je pense que je choisirais (j’insiste – « pour moi-même » – c’est-à-dire à condition d’avoir une influence directe sur la situation) l’option 2.

2.2

Ainsi, je justifie – pourquoi des trois options exposées ci-dessus je (pour le moment !) suis le plus favorable à la deuxième, qui prévoit la « reformation » de la soi-disant Ukraine en créant deux « républiques non reconnues » à la fois : la Malorossiya et la Novorossiya.

Les arguments sont les suivants :
L’espoir que le Kremlin soit déterminé au point d’annexer les territoires libérés par morceaux directement à la Fédération de Russie est minuscule. Étant donné que nous avons le groupe le plus influent de « réconciliateurs » (lire – des traîtres qui « dorment et rêvent » d’une « fuite » rapide de la GUERRE et acceptent avec les « partenaires » n’importe quelles conditions, y compris une reddition camouflée) – pour ne pas dire plus, il est difficile de s’attendre à de telles mesures.

Mais une option (#1) dans laquelle Moscou, avec un retard de plus de 8 ans, ferait quand même « naître » un gouvernement de « l’Ukraine démilitarisée pro-russe unie », doté de quelques énergumènes purs et durs comme Medvedtchouk – est relativement réaliste. De plus, je suis d’accord pour dire que même une telle décision (pas très judicieuse dans l’ensemble, pour les raisons mentionnées ci-dessus) serait un « pas en avant » pour le Kremlin, mais pour les patriotes russes de Novorossiya – au contraire, un « coup sous la ceinture ».
Pourquoi ? – Car, à l’exception du Donbass (son sort à Moscou a apparemment déjà été décidé et des mesures sont en cours de préparation pour la pleine intégration de la RPD / RPL dans la Fédération de Russie…), la situation n’a pas changé. Il ne reste plus qu’à les libérer complètement, ce qui s’est avéré être une tâche très difficile) – Kherson libérée et Kharkov en attente de libération, Katerinoslav, Nikolaïev, Krivoï Rog, Zaporojié et Odessa seront à nouveau inclus dans « l’agenda panukrainien ».
Le fait est que N’IMPORTE QUEL gouvernement « entièrement ukrainien » (même celui qui se déplace dans un convoi de troupes russes) prétendra avoir une « approche universelle » de toutes les régions d’Ukraine et se concentrera peu sur les résidents des régions à population russophone, mais surtout sur « toutes les autres ». Comme l’a montré la pratique du quart de siècle d’existence de l’état ukrainien jusqu’en 2014, les intérêts et les aspirations des résidents de Novorossiya ont TOUJOURS été sacrifiés afin de « faire plaisir » non seulement à Kiev et Tchernigov, mais aussi à Lvov et Volyn. Le même Ianoukovytch (dont les descendants apparaîtront sûrement dans un tel « gouvernement ») a régulièrement fait exactement cela, en se basant sur un raisonnement simple : « les Russes ne vont nulle part, et il est bon de faire plaisir aux autres.
En attendant, dans les conditions de la guerre (qui ne s’arrêtera évidemment pas demain), l’apparition d’un tel gouvernement « tout ukrainien » à Kherson ou Melitopol (il n’y a nulle part ailleurs), faisant des déclarations maladroites et erronées en « langue ukrainienne », démotive les militants russes locaux pas moins que les tirs d’artillerie et les actes subversifs et terroristes des « honorables partenaires ». Parce que chaque patriote russe en Novorossiya aura une question légitime : « Pourquoi ont-ils organisé cette guerre en premier lieu ? Pour échanger certains « Ukrainiens » contre d’autres comme eux ?

La création de « deux gouvernements séparés » – la Novorossiya et la Malorossiya – résoudrait ce problème, sinon entièrement, du moins partiellement.

Tout d’abord, les autorités de Novorossiya devraient être dotées, peu importe comment, d’un personnel composé principalement de natifs locaux. Ce serait une bonne perspective de carrière pour de nombreux représentants des élites locales et, par conséquent, nous aurions leur soutien. Deuxièmement, il serait clair pour les résidents ordinaires d’Odessa et de Kharkov qu’ils n’auraient plus jamais à cacher leur propre langue dans les magasins, les écoles, les hôpitaux et au sein du gouvernement. – Une broutille, mais ce serait agréable. Troisièmement, le « séparatisme régional » contre Kiev a toujours existé dans ces régions. Le laisser prendre forme au niveau de l’État apportera un soutien supplémentaire à une partie des élites publiques et commerciales régionales. Quatrièmement, après une fin victorieuse (je vous rappelle que je n’envisage pas d’autres options) de la guerre, les autorités créées sous les auspices du gouvernement de Novorossiya, ainsi que les forces paramilitaires armées et de maintien de l’ordre, auraient une perspective d’intégration dans le futur État de la Russie/Union beaucoup plus rapide que le territoire de la Malorossiya libérée. Tout simplement parce que l’ordre et la sécurité seront rétablis PLUS RAPIDEMENT sur les territoires majoritairement russophones qu’à Kiev ou, de surcroît, à Ternopil et Rivne. Soit dit en passant, c’est un argument important, si ce n’est le plus important pour la grande majorité de la population.
Et, enfin, la création d’un tel gouvernement en ce moment même permettrait rapidement (avec des efforts appropriés) de fournir des réserves supplémentaires aux forces armées et aux forces de l’ordre russes. Au moins dans la région de Kherson et la partie sud de Zaporojié.

Quant au gouvernement de Malorossiya, il serait préférable de le « baser » quelque part en Crimée ou en RPD / RPL. Des territoires qu’ils ne pourront plus revendiquer. Toutefois, cela ne doit pas transformer ces structures en un « simulacre purement fantoche », car de nombreuses tâches réelles doivent leur être confiées avant même la nouvelle campagne de libération. La première tâche d’un tel gouvernement serait de développer et d’organiser la propagande destinée aux zones contrôlées par les nazis, et de créer des structures organisationnelles pour sa mise en œuvre. En outre, il serait logique de faire du « gouvernement (provisoire) de Yalta » la base de la formation des futures administrations régionales et municipales (pour les grandes villes), qui assumeraient leurs fonctions dès l’entrée des troupes russes sur le territoire de leurs régions respectives. Et un quartier général du mouvement des partisans de la Malorossiya ne ferait certainement pas de mal….. Bien que (bien sûr) il ne serait pas subordonnée à ce gouvernement, mais il recevrait de lui une certaine légitimité et une certaine partie du personnel « de terrain ».

Au stade actuel des hostilités, la première chose à laquelle il faut penser est la création de la Novorossiya, mais il ne faut pas non plus oublier la Malorossiya. Tout ce que j’ai exposé aurait dû être fait « avant hier », mais (pour les raisons déjà énoncées à plusieurs reprises) rien d’utile n’a été fait. Strictement au contraire – à ce jour, les « partenaires » ont migré de Minsk à Istanbul, tout en restant les « autorités légitimes de l’Ukraine » telles qu’elles étaient avant le 24 février de cette année.

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