NDT : article original écrit le 29 mars

Il a fallu un mois, mais l’invasion s’est finalement transformée en quelque chose qui aurait l’approbation de Rokossovski (officier supérieur de l’Armée rouge qui a participé de façon décisive à la plupart des batailles menant à la victoire contre le IIIe Reich).

Le vice-ministre russe de la Défense, Alexander Fomin, a déclaré que la Russie avait décidé de réduire les combats près de Kiev et de Tchernihiv pour créer les conditions d’un dialogue.

Que s’est-il passé aujourd’hui à Istanbul ? La Russie capitule-t-elle ? Est-ce qu’elle fait marche arrière ? Cherche-t-elle une porte de sortie ?

Je ne le pense pas.

Je pense que la leçon à tirer d’Istanbul est que la guerre continue. Parce que la Russie veut qu’elle se poursuive.

Parce que la Russie n’a pas fini de se battre. N’a pas fini de courir après l’objectif de guerre initial. Pas le Donbass. Mais Kiev.

Bien sûr, le ministère de la Défense a déclaré que la Russie allait réduire ses opérations autour de Kiev – et a même fait passer cela pour une concession diplomatique pour « accroître la confiance » – mais c’est uniquement parce que la route vers Kiev passe par le Donbass.

Les Russes n’ont pas fait de progrès autour de Kiev depuis trois semaines maintenant. La cessation des opérations offensives autour de Kiev n’est pas une concession aux Ukrainiens. C’est une concession à la réalité et à l’orthodoxie militaire.

Depuis des jours maintenant, il est évident que les Russes retirent des troupes d’ailleurs pour renforcer leurs lignes qui pressent l’armée ukrainienne dans le Donbass depuis le nord et le sud.

Ils sont tellement concentrés sur ce point qu’ils ont même cédé certains territoires sans combattre, pour libérer des unités. Un territoire considérable mais stratégiquement sans importance.

Ils ont fini de courir après tout à la fois et de se répartir sur de nombreux axes d’avancée.

Ce qui a commencé le 24 février comme une opération psychologique confuse qui utilisait l’armée comme accessoire s’est transformé en une campagne militaire dans les règles de l’art.

Dans la semaine qui a suivi les trois jours d’ouverture, l’armée russe s’est progressivement organisée sur le plan tactique et logistique. Les sorties aériennes sont passées de 60 à 200-300 par jour. Les drones russes, totalement absents, omniprésents en Syrie et lors des exercices, sont réapparus. Les convois de ravitaillement ont été escortés par des hélicoptères. L’utilisation de l’artillerie s’est répandue. Les courses folles de petits détachements non soutenus, souvent constitués uniquement de chars ou d’infanterie, profondément dans l’intérieur de l’ennemi ont cessé. Enfin, c’est devenu un effort d’armes combinées.

Un mois après le début de l' »opération militaire spéciale », elle s’est également ajustée au niveau stratégique. Il n’est plus question d’essayer d’exécuter le plan original, qui était probablement fortement influencé par les politiciens, d’essayer d’arracher des gains partout à la fois. Au lieu de cela, il s’agit de revenir aux principes militaires de base, à savoir concentrer ses forces et s’attaquer au centre de gravité militaire de l’ennemi – l’armée ukrainienne massée dans le Donbass.

Les Russes vont gagner dans le Donbass, c’est inévitable. Mais la façon dont ils gagneront de manière décisive et avec quelle habileté déterminera le sort de l’Ukraine.

Une victoire retentissante et les Russes apparaissent comme les maîtres inévitables de la rive gauche. Ils peuvent remonter le Dniepr, aller vers Odessa, ou même renouveler la poussée pour l’encerclement de Kiev. Ils auront le choix.

Transformez-la en un bourbier dont l’armée ukrainienne est capable de se désengager ou dans lequel elle est capable de rendre coup pour coup, et Moscou devra chercher une issue ou accepter une mobilisation beaucoup plus grande à l’intérieur, ou une longue guerre.

Certains Occidentaux ont vu les Russes décrocher à Kiev et ont proclamé l’armée russe morte et vaincue. D’autres occidentaux, à l’opposé, ont proclamé l’armée russe déjà victorieuse. Les deux versions sont absurdes.

Personne n’a été vaincu, et personne n’a déjà gagné.

Le plan avec lequel les Russes sont entrés dans le pays s’est épuisé, mais c’était un coup osé pour essayer de choquer Kiev et éviter un bain de sang et une guerre.

La vraie guerre commence maintenant.

La vraie guerre avec les militaires russes qui se battent réellement en accord avec les préceptes militaires russes.

Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Les ruisseaux slaves vont-ils se fondre dans la mer russe ? (Pouchkine) L’issue de la bataille dans le Donbass aura beaucoup à dire à ce sujet. Une victoire peu convaincante et la perspective d’un peuple slave oriental unifié (déjà pas particulièrement élevée en raison de facteurs non militaires) pourrait être perdue à jamais.

carte des batailles d'Izioum au 28 mars 2022
Gains réalisés hier (28 mars), les Russes sont sortis d’Izioum
Carte du front à l'est de l'Ukraine, mars 2022
La vue d’ensemble

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